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Les deuils au Cameroun : occasions de « montrer qui on est », de se faire le maximum d’argent ou d’accompagner les défunts ?

Mis à jour : lundi 25 février 2019 à 12:29 | Lus : 969 | Commentaires : 0

 

 

La perte d’un être aimé est quelque chose de pénible à vivre pour l’être humain. Quels que soient les religions ou les coutumes, l’être humain organise des cérémonies pour accompagner la personne défunte (libérée des « chaines » qui la retenaient captive de la « prison de chair » dans laquelle elle était enfermée !?) vers un nouveau monde, un nouvel ailleurs. Le monde des ancêtres, le monde des esprits, le paradis… Quel que soit l’appellation, je pense que cet « ailleurs » désigne probablement une même réalité.

Chez nous au Cameroun, cette notion « d’accompagnement du décédé » tend à se dissoudre dans des considérations égoïstes d’une certaine catégorie de personnes.

 

Le deuil au Cameroun : occasion de « montrer qui je suis »

Il y a une catégorie de Camerounais(es) pour laquelle, le deuil est un excellent moyen de montrer qu’ils ne sont pas de « petites gens » ; que dans la famille, « on n’est pas n’importe qui ». Dès qu’on annonce le décès d’une personne de la famille, la première étape est un long séjour à la morgue pour le macchabée. Un mois, deux mois, trois mois… et même parfois plus ! Le temps de bien se préparer pour « enterrer dignement » le(la) défunt(e) :  construire une maison « digne » au village ; faire fabriquer la dernière coupe de cercueil à la mode avec des essences rares ; acheter le vêtement (le plus cher qui soit) qu’on fera porter au cadavre ; confectionner des faire-part et programmes-livres dans lesquelles on trouvera dans les détails « toute la vie » du(de la) défunt(e)  !

 

La maison à construire ou à réaménager

Il arrive des cas où, un cadavre reste de longs mois à la morgue parce que, on est entrain de construire ou réaménager la maison qui accueillera les invités au village. Pour qui construit-on ou réaménage-t-on la maison ? Pour le défunt ? Si oui, qu’a-t-il à faire de la maison maintenant qu’il est mort ? Il en avait besoin de son vivant. Malheureusement, ceux-là qui dépensent maintenant sans compter pour leurs propres égos ne lui ont donné pour seule possibilité que de vivre dans une cabane brinquebalante en terre battue, parsemée de trous béants et des murs dont l’angle d’inclinaison rivalisait avec les 45 degrés !

 

Le cercueil et le costume ou la robe

Ce sont les coupes de cercueils que vous voulez voir ? Il y’en a de toutes les qualités et de tous les prix. J’ai souvent vu dans certaines familles, des devis pour un cercueil de 4 000 000 (quatre millions) de Francs CFA. Non, ce n’est pas une erreur ! Vous avez bien lu ! C’est bien écrit, 4 et six zéros ! Pour le cercueil seulement ! Pour le costume ou la robe dans ces cas là, il faut prévoir au moins 500 000 (cinq cents mille) Francs CFA. On vous parlera de « dignité », de la « valeur du défunt » (ce n’était pas un petit hein !), etc.

Les raisons de cette mégalomanie sont multiples. Si parfois, on va réellement acheter un cercueil, un costume ou une robe qui valent les montants ci-dessus énumérés, dans d’autres cas, il n’en n’est pas question. Ces sommes d’argent collectées iront plutôt dans les poches des proches du défunt qui s’occupent de l’organisation du deuil. Les temps sont durs. Il faut profiter au maximum de la situation ! Et ce sont parfois les beaux-frères, les beaux-fils, les belles-sœurs et belles-filles qui en payent les frais !

 

Les faire-part et programmes d’obsèques, pagnes et autres gadgets

Comme pour les cercueils et vêtements du macchabée, les faire-part et programmes d’obsèques, les pagnes et T-shirts et autres gadgets sont aussi d’excellent moyens pour montrer que le(la) défunt(e) est issu(e) d’une « grande famille ». C’est ainsi qu’on voit souvent des faire-part livrets en bonne et due forme et imprimés en milliers d’exemplaires.

 

Il faut « manger » ! On va faire comment !?

La morale et l’éthique deviennent de plus en plus des valeurs inexistantes chez certaines personnes. Toutes les occasions sont bonnes pour se faire de l’argent. Surtout pendant le deuil ! Il faut « participer » hein !

Même quand le(la) défunt(e) était un ennemi juré, on court rapidement annoncer dans les différentes tontines dans lesquelles on est membre, à grosses gouttes de larmes, ce grand moment qu’on a tant attendu, la perte d’un être cher ! La réunion ou la tontine doit aider !

L’argent collecté n’est pas toujours dépensé pour le deuil, objet de la collecte. Dans les différentes commissions qui se créent, chacun doit « manger » ! « On va faire comment !? » disent-ils. Le défunt est déjà parti, il faut qu’on profite de lui au maximum pour la dernière fois !

 

 

Et le(la) défunt(e) dans tout ça !

Que fait-on véritablement et qui profite à la personne décédée ? Lui assure-t-on l’accompagnement dont elle a besoin pour rejoindre le « nouveau monde », « l’au-delà » ou toute autre appellation que vous pouvez utiliser pour désigner cet « ailleurs » ?

Toutes les dépenses engrangées pour les deuils sont-elles réellement pour le défunt ?

 

Les mentalités ont la peau dure !

Je constate que chez nous au Cameroun, il y a un modèle de présentation des faire-part/programmes d’obsèques. Les rubriques qui sont énumérées sont souvent la biographie, les témoignages, l’album photos, le programme et l’itinéraire. Si le programme et l’itinéraire me semblent indispensables et nécessaires, je ne vois pas l’utilité des autres pour la personne décédée.

Je ne manque pas parfois d’éclater de rire quand je lis certaines biographies.

La biographie dans les faire-part/programmes d’obsèques est divisée en plusieurs parties. L’objectif, à priori, est de montrer que le/la défunt/e « n’était pas un/e petit/e » ! Car, on commence toujours par les titres qui précèdent les noms. Ensuite viennent les différents « parcours ou « vies » : scolaire ou académique, professionnel, social ou associatif, etc. Enfin, on conclut par le nombre d’orphelins, veuves ou veuf.

Si la présentation des titres, médailles et autres diplômes peut être utiles à certains pour asseoir leurs égos sur les autres, je la trouve ridicule pour d’autres. Pourquoi doit-on se sentir obligé de signaler dans une biographie que le défunt était détenteur d’un CEP (Certificat d’Etudes Primaires) ou d’un CEPE (Certificat d’Etudes Primaires et Elémentaires) ? Parce qu’on s’est inspiré du modèle d’un autre défunt pour qui on présentait les grands diplômes universitaires ?

 

Personne ne souhaite et ne veut faire les choses à son niveau. On cherche à faire comme tel ou telle pour ne pas avoir honte. Quitte à s’endetter !

 

Jean LINCONNU

 

 

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